Lenteur

aboutslide3

 

Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli. Évoquons une situation on ne peut plus banale : un homme marche dans la rue. Soudain, il veut se rappeler quelque chose, mais le souvenir lui échappe. A ce moment, machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu’un essaie d’oublier un incident pénible qu’il vient de vivre accélère à son insu l’allure de sa marche comme s’il voulait vite s’éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, encore trop proche de lui.
Dans la mathématique existentielle cette expérience prend la forme de deux équations élémentaires : le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli. De cette équation on peut déduire divers corollaires, par exemple, celui-ci : notre époque s’adonne au démon de la vitesse et c’est pour cette raison qu’elle s’oublie facilement elle-même. Or je préfère inverser cette affirmation et dire : notre époque est obsédée par le désir d’oubli et c’est afin de combler ce désir qu’elle s’adonne au démon de la vitesse ; elle accélère le pas parce qu’elle veut nous faire comprendre qu’elle ne souhaite plus qu’on se souvienne d’elle ; qu’elle se sent lasse d’elle-même ; écoeurée d’elle-même ; qu’elle veut souffler la petite flamme tremblante de la mémoire.

Imprimer la forme à une durée, c’est l’exigence de la beauté mais c’est aussi celle de la mémoire.

Kundera, la lenteur

Apichatpong Weerasethakul

 


Il y a ce texte de Roger Caillois qui me semble important, j’en cite un extrait :

La croissance d’un cristal, d’un arbre ou d’un homme est lente : la technique change rapidement. La forme du bucrane est plus stable que celle d’accessoires de vélocipèdes ou de tout objet manufacturé. Picasso, malgré qu’il en ait, continue d’appartenir à l’histoire de l’art, s’il en a accéléré jusqu’au vertige la « successivité ». Je ne crois pas une seconde à la vertu fondatrice des distorsions des Ménines et autres mousquetaires, toreros et lames de cartomancie. Je ne suis pas moins sceptique devant l’équarrissage minutieux, anxieux de ne pas perdre un centimètre carré, de quelque imagerie elle-même succédanée et locale (à l’échelle du monde), accompagné d’une même constante et consternante négligence à l’égard des formes et données de l’univers, dont la révélation constitue pourtant le grand cadeau du siècle. J’insinuais tout à l’heure que la selle et le guidon de bicyclette ne sont pas une promotion pour le bucrane. Ils ne témoignent que de la plaisante et passagère ingéniosité d’un homme. Il y a plus grave.

à lire en intégralité ici, avec beaucoup d’autres posts intéressants:

https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2015/10/18/picasso-le-liquidateur-par-roger-caillois/

 


Le temps je l’ai pris.
Je le prendrai.

Mais, parfois, il est bon de privilégier l’action rapide.
Sinon, je ne mène rien au bout.

 

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