Rumination

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La Benne me transporte dans le monde des poubelles de mon monde, de ces poubelles pleines d’épluchures et déchets de mes contemporains qui vivent, mangent, mangent, pour se conserver, durer, durer de plus qu’ils peuvent, et qui digèrent, assimilent, suivant un métabolisme qui nous est commun, avec une persévérance si grande,si grande vraiment, quand on y pense, qu’elle est aussi probante, plus probante, à elle seule, de notre commune espérance que les plus fameuses de nos cathédrales. Et cet énorme chant de l’humaine rumination chaque jour commencée, chaque jour repris à l’aurore, par la benne de sa rue, c’est, le chant, qu’on le veuille  ou non, de l’irréductible communauté organique des hommes de son temps. Ah! plus d’étranger ni d’ennemi qui tienne devant la benne! Tous pareils devant la gueule énorme et magnifique de la benne, tous estomacs devant l’éternel. Car pour la bonne grosse gueule de la benne, pas de différences. Et en fin de compte, ô locataire du quatrième qui me veut tant de mal, de même que nos poussières, un jour, se mêleront, de même l’os de ma côtelette se mêle sans façon à celui de la tienne, dans le ventre original, dans le ventre dernier de la si bonne benne.

Marguerite Duras « les poubelles de Madame Dodin »

 

Les machines n’ont pas d’estomacs.

benne_ordures

 

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