sympathie

sym-pathos
souffrir avec

La sympathie

La sympathie semble d’abord s’apparenter à une affinité, ou à une sorte d’harmonie, éprouvée par un être envers un autre. Elle paraît directement liée aux particularités de chacun, car tout le monde ne l’inspire pas à tout le monde. Elle conserve aussi quelque chose de mystérieux, car il est souvent difficile de lui assigner des raisons précises, et elle participe plutôt d’une sorte d’aura, de charme ou de « climat » globalement dégagé par une personne. Mais peut-être reste-t-elle aussi quelque chose de superficiel, n’allant pas plus loin qu’une sensation d’agrément qui peut rester momentanée, et ne pas impliquer un véritable intérêt pour l’autre. Le terme « sympa », loin de n’être qu’une abréviation commode, est riche de sens : qu’il s’applique à une personne, à une oeuvre, à un projet ou à une situation, il donne clairement à entendre que l’on est dans l’horizon du plaisant, du léger, du facile, qui n’engage et n’atteint guère que la surface…et n’est plaisant, peut-être, que pour cette raison même.

Pourtant l’étymologie du mot signale quelque chose d’autrement profond : la sympathie, c’est, littéralement, le fait de « sentir » ou « ressentir avec ». Il s’agirait alors de faire sien le ressenti de l’autre, de sentir ce qu’il sent, et pour ainsi dire, de ne pas le laisser seul ni avec sa peine ni avec sa joie, ni avec son plaisir ni avec sa douleur. Un premier décalage significatif apparaît alors avec le sens superficiel et courant du terme : le sympathique ne s’apparente plus au plaisant, car être ou entrer en sympathie avec quelqu’un, c’est ressentir aussi (voire surtout?) ses peines et ses douleurs. Et, second décalage prolongeant aussitôt le premier, ce qui est sympathique, ce n’est plus la personne elle-même, mais plutôt le lien que l’on instaure avec elle ; derrière ce changement grammatical pourrait bien se trouver une modification plus essentielle, dans la mesure où il ne s’agit plus de qualifier l’autre en fonction du ressenti qu’il me procure, mais de me laisser moi-même qualifier par le ressenti qui est le sien. C’est alors l’autre, plutôt que moi, que j’envisage comme l’élément premier, comme ce qui « donne le ton », et m’adresse une sorte d’appel… Appel qui, encore une fois, pourrait se formuler ainsi : « ne me laisse pas seul avec ce que j’éprouve », ou encore : « reconnais et assume le fait que ce que j’éprouve ne regarde pas que moi ».

Mais une difficulté, entre autres, en découle aussitôt. Le senti ou le ressenti, en effet, semble bien avoir une dimension irréductiblement personnelle et incommunicable : ce que je ressens n’est réellement ressenti que par moi, nul ne peut sentir pour moi ou à ma place, ni même donc, semble-t-il, « avec » moi. De quelle manière d’être « avec » s’agit-il donc, avec la sympathie ? Mes idées sont, par nature, partageables et communicables sans rien perdre de leur nature, et je comprends sans trop de difficultés qu’un autre puisse « penser avec moi » ; mais comment en dire autant de mes sensations ou sentiments ? L’idée même d’un « souffrir avec » ou d’un « se réjouir avec », qu’implique la sympathie, n’a-t-elle pas quelque chose de contradictoire, d’impossible ? Oui, à moins que les plus personnelles de mes souffrances et de mes joies ne comportent quelque chose d’universel, qui les rendent accessibles à tous sans les transformer pour autant en simples idées. Et ce serait vrai au plus haut degré des joies et des peines qui atteignent ce qui, en moi, n’est pas de l’ordre de mes particularités (sur quoi la sympathie courante et superficielle repose), mais de l’ordre de l’essentiel, qui est commun à tous. De façon à la fois logique et paradoxale, il faut peut-être admettre que les affections les plus profondes sont aussi les plus partageables, dans la mesure où elles atteignent ce que nous partageons tous : la même essence.

Plutôt qu’une affinité élective éprouvée envers certains seulement, survenant de façon involontaire et naturelle, la sympathie ne serait-elle pas une attitude rendue possible par un travail sur soi, devant s’adresser à l’être humain (ou même simplement sensible) comme tel ?

http://philo.pourtous.free.fr/Atelier/Textes/sympathie.htm

 

Oeuvrer en sympathie.

Cherche pardon sur ce blog. il y a stratégie dans le pardon.

Il faut accepter de prendre le temps.avoir-une-tortue-eau-main-12614011

 

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