Récit

corde

 

L’attente l’oubli Maurice Blanchot

Les récits de Maurice Blanchot, et tout particulièrement L’Attente l’oubli, dérangent les codes traditionnels du récit en l’évidant de ses personnages comme de son histoire. C’est pourquoi ils semblent proposer une nouvelle poétique du récit où le centre de gravité du texte se déporte peu à peu vers l’événement

qu’est en lui-même le récit. Pour ce faire, ils tentent de saisir l’instant premier d’un dit essentiel en convoquant les forces de l’attente et de l’oubli, associées dans une perception renouvelée d’un réel soumis au Neutre et à l’absence de sens. Les contenus s’évident peu à peu pour laisser résonner dans leur nudité les formes et apparences qui les portent : l’énonciation, le dire, l’acte de penser, d’oublier ou d’attendre sont les seuls événements que le récit peut prendre en charge devant un énoncé, un dit, une pensée, un oubli ou une attente vidés de toute substance.

 

 

« Est-ce que cela arrive ? » – « Non, cela n’arrive pas. »

Il écoute à distance ce qu’ils se disent, éloignement que lui accordent, pour les entendre, leurs paroles mêmes. Entre ces paroles nul accord, nul désaccord, mais (et cela le touche douloureusement) la calme recherche d’une mesure égale. Toujours distinctes et cependant à égalité, parlant auprès de cette égalité, parlant en vue de ce qui doit les rendre égales.
Leurs paroles, elles ne s’égalent pas encore, même si elles disent ce qui les rapporte également l’une à l’autre.
Comme si elles cherchaient le niveau où, paroles égales, elles laisseraient s’établir entre elles l’égalité silencieuse, celle qui se fait jour à la fin.
Parole de sable, rumeur de vent.

« Est-ce que cela arrive ? » – « Non, cela n’arrive pas. » – « Quelque chose arrive cependant. »

L’allégresse, ce pur mouvement d’aller qui les porte tous deux, dans une parole prévenante, vers ce qui se détourne.

Au lieu où ils étaient, cherchant encore à se lier par quelque rapport. Même sans mots, même sans mouvement, toujours parlant, toujours se mouvant, et se désirant insensiblement sans désir.
« Où en est l’histoire ? » – « Il ne doit plus en rester grand-chose de l’histoire à présent. »

 

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