Pharmakon

dorade-en-papilotte-feuille-figuier-2

Le pharmakon (singulier) ou les pharmaka (pluriel)

Chez Homère, le mot pharmakon se rencontre plusieurs fois3. Il peut jouer un rôle positif dans le cas d’Hélène qui cherche à soulager les peines de Télémaque et Ménélas pleurant Ulysse en mélangeant un pharmakon à leur vin, comme elle l’a appris de Polydamna en Égypte. Il est parfois accompagné de l’adjectif kakon quand son rôle est négatif, comme dans le cas de Circé qui souhaite rendre amnésiques les compagnons d’Ulysse et mélange un pharmakon kakon au vin qu’elle leur offre.

Chez Théocrite, Simaitha et sa servante Thestylis, les deux femmes qui mènent un rituel de magie amoureuse ou de sorcellerie dans l’idylle II, sont appelées dans le titre grec de l’idylle pharmakeutriai, c’est-à-dire faiseuses ou utilisatrices de pharmaka, autrement dit pharmaciennes.

 

… comme le montre bien Timothy Morton, c’est là aussi que toutes nos pratiques artistiques, y compris les plus expérimentales, prennent leur importance : pour produire de nouveaux modes d’attention à des dimensions bien souvent invisibles de l’existence, parce que l’on arrive à se créer de nouveaux objets de considération, parce que l’on se donne de nouvelles façons de construire des objets, des figures, à partir de fonds existants même si négligés jusque-là. C’est le cœur même des pratiques les plus passionnantes de l’art contemporain. L’idée, c’est de prêter attention au medium lui-même, grâce aux artistes à même de valoriser la puissance du medium en tant que tel. Le développement de ces nouveaux outils de visibilité, de dispositifs de perception, de réflexion et d’action nécessite bien plus qu’un retour vers une empathie, une sollicitude, un mode d’attention d’hier. L’invention peut certes s’alimenter de leçons d’hier, mais pour mieux s’en inspirer et les dépasser. C’est bien une nouvelle empathie à la fois intuitive et appareillée, à la fois sensuelle et algorithmique, articulée à une nouvelle sollicitude et à de nouveaux modes d’attention que nous devons construire, à petite échelle, d’abord en circuits courts, entre des groupes restreints, mais qu’il faudra nécessairement penser à des échelles plus vastes. Parce que le vrai défi de nos pratiques attentionnelles, ce sont bel et bien aujourd’hui des questions d’échelle, en même temps que de fond. (Yves Citton suite et fin)

Advertisements

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s