Hylémorphisme

capturebaudelaire

Muriel Combes Simondon individu et collectivité. (extrait)

Muriel m’avait dédicacée son livre en ces termes : « à Patrick, à un explorateur des interstices, avec toute mon amitiés », ce mot explorateur nous va bien pour temps de réaction.

la tradition se résume à deux tendances, qui ont en commun leur aveuglement à la réalité de l’être avant toute individuation : l’atomisme et l’hylémorphisme. Le reproche commun adressé à ces deux doctrines est de penser l’être sur le modèle de l’Un et donc de présupposer en quelque sorte l’existence de l’individu dont elles cherchent à rendre compte. Il apparaît dès lors à l’auteur de L’individu et sa genèse… que le problème central de la philosophie, celui autour duquel se concentrent les plus graves erreurs de la tradition dans son ensemble, c’est le problème de l’individuation. La tradition ne s’intéresse au problème de l’individuation qu’à partir de l’individu. Ce faisant, elle s’obstine à vouloir déceler un principe d’individuation, qu’elle ne peut penser que sous la forme d’un terme déjà donné. C’est ainsi que l’atomisme d’Epicure et de Lucrèce pose l’atome comme réalité
substantielle première qui, grâce à l’événement miraculeux du clinamen dévie de sa trajectoire et s’assemble avec d’autres atomes pour former un individu ; ou encore, que l’hylémorphisme fait résulter l’individu de la rencontre d’une forme et d’une matière toujours-déjà individuées : ainsi, Thomas d’Aquin situe-t-il le principe d’individuation dans la matière, qui permet selon lui d’individuer des créatures au sein d’une espèce. Aux yeux de Simondon, hylémorphisme et atomisme cherchent à expliquer le résultat de l’individuation par un principe de même nature que lui, ce qui les conduit à penser l’être sous la forme de l’individu. Mais une philosophie qui veut vraiment parvenir à penser l’individuation doit séparer ce que la tradition a toujours confondu et distinguer l’être en tant qu’être de l’être en tant qu’individu. Dans une telle perspective, l’être en tant qu’être se comprend nécessairement dans l’écart qui le sépare de l’être individué. Et on ne saurait du même coup se contenter de constater le « il y a » de l’être, mais il faut préciser que ce qui caractérise en propre « l’être en tant qu’il est », c’est non seulement d’être mais de n’être pas un. L’être en tant qu’être tel que le pense Simondon est non-un, de ce qu’il précède tout individu. Raison pour laquelle il est dit préindividuel.

combes_muriel_simondon_individu_et_collectivite_pour_une_philosophie_du_transindividuel

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