Effet de seuil

Pierre-Éric Mounier-Kuhn. L’informatique en France de la seconde Guerre Mondiale au Plan Calcul. L’émergence d’une science.

L’ouvrage s’organise autour de trois grandes parties complémentaires. La première revient sur les raisons d’un échec français : « de tous les pays industrialisés, la France est le seul où la recherche publique n’a réalisé aucun ordinateur à l’époque pionnière » (p. 59). La deuxième partie s’attarde sur la différenciation territoriale du développement de l’informatique en France : pourquoi et comment la recherche en informatique s’impose-t-elle plus rapidement dans certains pôles scientifiques ? La troisième partie restitue les étapes marquantes de la reconnaissance institutionnelle de la discipline informatique et la constitution d’une communauté de recherche dont la professionnalisation se réalise en moins de trois décennies.

… L’absence d’une forte « tradition du calcul » et la faible demande de calcul provenant de la recherche et de l’industrie (notamment l’industrie électrique) sont les principales explications avancées. La concurrence de techniques de calcul analogiques, comme les cuves rhéologiques utilisées en mécanique des fluides, explique la faible demande provenant de certaines disciplines potentiellement intéressées. L’auteur identifie également plusieurs caractéristiques organisationnelles de la recherche publique française ayant contribué à cette « exception française » : le manque d’expérience en gestion de projets, le manque de crédits ou la concurrence entre le CNRS et les instituts « annexes » des universités au début des années 1950. Les quelques projets de machines à calculer issus de la recherche publique sont davantage caractérisés par la focalisation excessive sur le calcul et l’analyse numérique, le faible développement de l’architecture des machines, ainsi que l’isolement et le manque d’insertion dans des réseaux de coopération (scientifiques et industriels).

Selon l’auteur, les chercheurs français ne comprennent que trop tardivement l’importance conceptuelle et technologique des développements réalisés dans les pays anglo-saxons à partir des idées de von Neumann.

… Selon l’auteur, la notion d’effet de seuil est essentielle pour expliquer le succès ou l’échec du développement de l’informatique dans certains pôles plutôt que d’autres. À l’enjeu de la masse critique s’ajoute l’importance de la présence ou de l’absence de quelques entrepreneurs de science, qui permettent d’entrer dans des processus cumulatifs ou, au contraire, d’en sortir au départ d’une de ces figures. Quant à la formation en informatique, c’est la demande des entreprises qui tire l’offre des universités et des écoles d’ingénieurs. Or l’informatique ne peut s’imposer dans les enseignements académiques que si elle est reconnue comme discipline universitaire. 

… L’histoire des débuts de l’informatique que nous livre l’auteur nous permet de mieux saisir les enjeux et les implications durables des choix faits lors des premières années d’existence d’une nouvelle discipline scientifique. Cet ouvrage constitue également un réel apport pour l’anthropologie des connaissances en ce qu’il vient souligner l’intérêt de restituer une certaine profondeur historique à des processus d’institutionnalisation longs et incertains, pourtant décisifs pour comprendre « l’émergence d’une science ».

Un livre que je vais lire rapidement. Le contexte français est très intéressant pour comprendre l’échec de la construction de la machine de Couffignal.

Ainsi que celui de Delphine Gradey, Écrire, calculer, classer
Comment une révolution de papier a transformé les sociétés contemporaines (1800-1940)

J’aimerais qu’on réalise des « portraits » des personnages qu’on rencontre dans nos recherche sur la machine de Couffignal comme Louis Couffignal, Konrad Zuse, John Von Neumann (qui apparaît furtivement pour l’instant), Frankenstein, … A nous de définir ce que c’est qu’un portrait pour nous.

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Que viva Mexico!” Eisenstein

D’une manière générale, l’effet de seuil désigne l’apparition d’un phénomène, d’une caractéristique, d’un droit ou d’une capacité dès lors qu’une valeur donnée (ou valeur de seuil) est atteinte ou franchie par une variable ou plusieurs variables combinées.

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