Flâneurs

Walter Benjamin (s. d.), « Le flâneur », Paris Capitale du XIXe siècle, Paris, Cerf, 1990, p. 434-435.
« La rue conduit celui qui flâne vers un temps révolu. Pour lui, chaque rue est en pente, et mène, sinon vers les Mères, du moins dans un passé qui peut être d’autant plus envoûtant qu’il n’est pas son propre passé, son passé privé. Pourtant, ce passé demeure toujours le temps d’une enfance. Mais pourquoi celui de la vie qu’il a vécu ? Ses pas éveillent un écho étonnant dans l’asphalte sur lequel il marche. La lumière du gaz qui tombe sur le carrelage éclair d’une lumière équivoque ce double sol.
Une ivresse s’empare de celui qui a marché longtemps sans but dans les rues. À chaque pas, la marche acquiert une force nouvelle ; les magasins, les bistrots, les femmes qui sourient ne cessent de perdre de leurs attraits et le prochain coin de rue, une masse lointaine de feuillages, un nom de rue exerce une attraction toujours plus irrésistible. Puis la faim se fait sentir. Le promeneur ne veut rien savoir de centaines d’endroits qui lui permettraient de l’assouvir. Comme un animal ascétique il rôde dans des quartiers inconnus jusqu’à ce qu’il s’effondre, totalement épuisé dans sa chambre qui l’accueille, étrangère et froide.

Paris a créé le type du flâneur. L’étrange c’est que Rome ne l’ait pas fait. Quelle en est la raison ? Le rêve lui-même suivrait-il à Rome des voies toutes tracées ? ».

LES QUAIS ILE DE LA CITE
Eugène Atget
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