Quatrième Robot : « La vie disparaîtra. »

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R. U. R. (Rossum’s Universal Robots), sous-titre en anglais du livre tchèque Rossumovi univerzální roboti, est une pièce de théâtre de science-fiction, écrite en 1920 par Karel Čapek (né en Tchécoslovaquie), mise en scène à Prague en 1921 et jouée à New York en 1922. C’est dans cette pièce que l’auteur utilisa le mot robot pour la première fois, bien que ce soit son frère Josef qui l’ait inventé à partir du tchèque robota qui signifie « corvée » – rob veut dire « esclave » en slave ancien, aujourd’hui encore rabotat veut dire « travailler » en russe et robotnik signifie « ouvrier » en slovaque et en polonais. Robot supplanta immédiatement le terme automaton utilisé par l’auteur dans la courte pièce Opilec de 19171

La pièce se déroule dans l’avenir, dans l’usine de fabrication de robots R.U.R. Les robots de la pièce sont proches de ce qu’on appelle aujourd’hui des androïdes ou des clones : ce sont des machines biologiques à l’apparence humaine, à l’origine dénuées de sensibilité et de sentiments, et fabriquées dans une usine située dans une île. Afin de les rendre moins fragiles et plus polyvalents, l’ingénieur de R.U.R les dote d’une sensibilité limitée et d’une intelligence un peu plus développée. Au bout de dix ans, ils finissent par se révolter et anéantir l’humanité. À la fin de la pièce, après avoir perdu le secret de leur fabrication, deux d’entre eux découvrent l’amour et le dernier être humain leur remet la responsabilité du monde.

extrait

Alquist. — Les Robots ne sont pas la vie. Les Robots sont des machines.
Deuxième Robot. — Nous avons été des machines, monsieur, mais la douleur et l’horreur ont fait de nous…
Alquist. — Quoi ?
Deuxième Robot. — Nous sommes devenus des âmes.
Quatrième Robot. — Il y a quelque chose qui lutte avec nous. Il y a des moments où un je ne sais quoi se réveille en nous.
Des idées qui ne viennent pas de nous.
Troisième Robot. — Ecoutez, ô écoutez, les hommes sont nos pères. Cette voix qui implore la vie, cette voix qui gémit, cette voix qui pense, cette voix qui parle de l’éternité… c’est leur voix à eux.
Nous sommes leurs fils.

Quatrième Robot. — Livre-nous l’héritage des hommes.

Alquist. — Il n’y en a pas.
Damon. — Dis-nous le secret de la vie.
Alquist. — Impossible.
Damon. — Dis-nous le secret de la reproduction.
Alquist. — Il est perdu.
Radius. — Tu le connaissais.
Alquist. — Non.
Radius. — Il était écrit.
Alquist. — Il est perdu. Il a été brûlé. Je suis le dernier homme, et je ne connais pas ce que les autres connaissent. C’est vous qui les avez tués.
Radius. — Nous t’avons laissé vivre,
Alquist. — Oui, vous m’avez laissé vivre, cruels. J’ai aimé les hommes.
Vous, Robots, je ne vous ai jamais aimés. Voyez-vous ces yeux ?
Ils ne cessent de pleurer ; l’un pleure les hommes et l’autre vous, Robots.
Radius. — Fais des expériences. Cherche la recette de la vie.
Alquist. — Je n’ai rien à chercher. Ce n’est pas des éprouvettes que peut surgir la vie.
Damon. — Fais des expériences sur des Robots vivants. Cherche, comme on les fait.
Alquist. — Des corps vivants ? Comment, moi, je dois tuer ? Moi qui n’ai jamais… Non, tais-toi, Robot. Puisque je te dis que je suis trop âgé. Vois-tu, vois-tu mes doigts, comme ils tremblent. Je ne saurais pas tenir un scalpel. Vois-tu mes yeux qui sont pleins de
larmes ? Je ne verrais pas mes propres mains. Non, non, je ne peux pas.
Quatrième Robot. — La vie disparaîtra.
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